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Là-bas...là-bas...les merveilleux nuages passant dans le ciel carré de la toile...D'autres territoires, clonés à l'infini, comme autant d'invitations au voyage, alternent le jour et la nuit, la terre et sa lumière, hésitent sur la diagonale à gravir, accrochant ça et là des herbes et des feuilles tombées du pinceau...Une vague silhouette, plongeur jailli du sol dans l'étreinte ou le baiser improbable d'un cumulus étoilé...Et parfois, le sentiment d'être déjà passé par là, d'avoir emprunté le même sillon coloré, mais les reflets sont trompeurs avec leurs fausses symétries, leurs déchirures inversées, leurs larmes cristallisées...

 

Chez Jean -Paul Mallard, on peut parler d'une véritable archéologie de l'espace mental ainsi découpé ; chaque carré est le lieu d'une fouille attentive, d'une découverte. Qu'on ne s'y trompe pas, le plan n'est qu'un leurre, ou du moins, il n'est que le support d'un geste arrêté du peintre qui sait, qu'en deçà, existent d'autres mondes enfouis dans les strates de son imaginaire. On aimerait voir les paysages qui ont précédé, mais ceux-là n'appartiennent qu'au souvenir de l'artiste. La troisième dimension est cependant présente dans le plan car la couleur n'est jamais plate, elle vibre, s'enroule et bouillonne dans la nuée blanche qu'elle épaissit et ombre, corps instables aux chevelures de vent ; elle se perd sur le bord d'une verte nervure qui se noie dans l'ocre de la terre, elle multiplie les miroirs, les illusions, les superpose et les fragmente dans le kaléidoscope de sa palette...Si le carré, figure euclidienne qui ne laisse guère de place à l'imagination mais utilisé comme unité de mesure est un lieu bien fermé, aussi autonome qu'un simple carreau de faïence avec son motif lisible, il s'enrichit de la proximité de ses semblables, participant ainsi à l'élaboration d'une mosaïque dont le dessin, son dessein, dialogue avec le passager que nous sommes. Ici, réside le don de Jean-Paul Mallard dont l'œuvre touche à l'humain dans la représentation qu'il nous livre du monde, à son questionnement et à des réponses éventuelles qui se situent en dehors du carré ! D'où l'obligation pour Jean-Paul à s'exposer toujours plus, à poursuivre son travail, à grillager la forme et son agitation colorée à l'infini, non pas pour nous guider mais pour nous dérouter encore plus, nous emmener sur les routes des sociétés à construire qui n'ont jamais été des paradis perdus.

 

CLAUDE SOLOY décembre 2008

 

 

 

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